Le Cheval de Troie reste pour tous l’exemple-type de la ruse dans lequel l’ennemi tombe volontairement. Mais l’on a tendance à oublier, voire à ignorer, que les Troyens ont été « aidés » à tomber dans le piège par d’habiles manipulations du camp grec.

Reprenons depuis le début. Le Cheval de Troie est un épisode décisif de la guerre de Troie, conflit qui eut probablement lieu au XIIe siècle avant J.C. et qui nous est parvenu au travers des récits fondateurs de la mythologie grecque. Pâris, prince de Troie (cité que l’on appelle aussi Ilion ou Pergame), enlève la belle Hélène, femme de Ménélas le roi de Sparte. Pour la récupérer, ce dernier fait appel aux autres rois grecs et lance avec son frère Agamemnon une expédition sur Troie. Débute alors un siège qui durera dix ans et qui, après de nombreux revers de part et d’autre, prendra fin grâce à la ruse qui nous intéresse avec la victoire des Grecs et la mise à sac de Troie.

Cette ruse est un formidable exemple de ce que Vladimir Volkoff théorisera sous le nom de désinformation. Les Grecs construisent une statue de cheval en bois qui possède deux caractéristiques : la première – la plus connue -, le cheval est creux, à l’intérieur est cachée une escouade composée des meilleurs guerriers grecs ; la seconde est que le cheval est trop grand pour pouvoir passer la porte des murailles de Troie. Cette statue sera le support de désinformation. Après sa construction, l’armée grecque fait mine d’abandonner le siège et s’en va attendre son heure sur une île voisine, non sans laisser sur place un agent d’influence : Sinon. Lorsque les Troyens sortent de la ville pour examiner le campement désert, ils ne trouvent que le cheval et Sinon. Sinon parvient à gagner la confiance de certains Troyens en se faisant passer pour une victime des Grecs. Puis il développe le thème que les Grecs ont imaginé : ce cheval est érigé pour apaiser la déesse Pallas-Athéna (protectrice des Grecs) qui aurait été courroucée par le fait que le Grec Ulysse ait dérobé une statue à sa gloire dans Troie. Le cheval aurait été construit trop grand de façon à ce que les Troyens ne puissent pas le faire pénétrer dans leur cité, car un devin aurait prédit un grand désastre pour les Grecs si cela advenait. Les Troyens, sensibles à ce thème, le relaient entre eux, d’eux-mêmes. Enfin, le prêtre Laocoon est tué par deux serpents alors qu’il tentait de prévenir les Troyens d’une ruse possible. Ceux-là attribuent sa mort à Pallas-Athéna qui aurait été fâchée de cette défiance (quand le responsable est probablement Poséïdon, pour aider les Grecs). Cet incident enlève toute rationalité à « l’opinion publique » troyenne et, malgré les avertissements de Cassandre ainsi que certains signes révélateurs (comme le bruit des armes grecques à l’intérieur du cheval lorsque celui-ci est déplacé), les Troyens abattent eux-mêmes les murailles de la ville pour faire rentrer la statue de bois… La nuit tombée, les guerriers Grecs en sortent, font signe aux leurs de revenir, et mettent la ville à sac.

[Écrit dans le cadre de recherches demandées par Olivier Berruyer pour son blog les-crises.fr]

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